Une règle peu connue de la LNB met en péril les espoirs de la Roca Team en séries éliminatoires

Jusqu’à récemment, l’article 343.4 du règlement de la Ligue nationale de basket-ball (LNB) était à peine visible. Il est désormais devenu l’un des textes les plus controversés du basket français, plaçant l’AS Monaco au centre d’un bras de fer qui s’intensifie rapidement avec la ligue.

La règle est brutale : tout club qui ne paie pas sa taxe de luxe n’a pas le droit de participer aux playoffs Betclic ÉLITE. Monaco doit actuellement 2,25 millions d’euros au titre de cet impôt, après avoir dépassé le seuil du plafond salarial autorisé de 40 pour cent dans le cadre de son budget global.

Le temps est désormais un facteur critique. La Roca Team ne dispose que de huit jours pour régler le montant restant dû avant que la sanction puisse être appliquée. Le président de la LNB, Philippe Ausseur, a clairement indiqué qu’il n’y aurait pas de marge de manœuvre. Parler à L’Équipeil a prévenu que la ligue appliquerait le règlement « pleinement et sans hésitation », confirmant explicitement que l’exclusion des séries éliminatoires était sur la table. Selon Ausseur, la mesure n’est pas punitive mais vise à préserver l’équilibre concurrentiel et l’équité économique à travers le championnat.

Monaco a été formellement notifié du redressement de la taxe de luxe 2025-2026 le 21 novembre 2025. En réponse, le club a déposé un recours auprès de la Chambre d’appel de la FFBB, demandant la suspension de la sanction le temps que la procédure soit en cours. Le club estime qu’il est peu probable que l’affaire soit résolue avant le 1er janvier 2026.

Ce différend est le dernier chapitre d’une relation longue et souvent tendue entre Monaco et la LNB, remontant au retour du club en Pro B en 2014-15. Cette saison a commencé avec Monaco qui a d’abord refusé l’entrée dans la ligue, avant d’être finalement admis moyennant des frais d’entrée plus élevés pour compenser ses avantages fiscaux perçus.

Au cœur de la bataille juridique actuelle se trouve un désaccord sur la manière dont la taxe de luxe doit être calculée. L’avocat de Monaco, Xavier Le Cerf-Galle, a critiqué la gouvernance de la LNB, soulignant que le comité exécutif de la ligue est composé presque entièrement de clubs Betclic ÉLITE – hors Monaco – et que les recettes de la taxe de luxe sont redistribuées entre ces mêmes clubs, à l’exclusion du club payeur.

La taxe elle-même a été introduite en 2023, Monaco étant le seul club concerné depuis sa création. Le club s’appuie largement sur un accord du 5 septembre 2023, signé par Ausseur et le directeur général de la LNB, Fabrice Jouhaud, qui a modifié à la fois l’assiette fiscale et son calcul. Dans cette lettre, les responsables de la ligue ont déclaré que l’objectif était d’éviter que la contribution n’augmente « de manière disproportionnée » au fil du temps et ont confirmé que le cadre révisé s’appliquerait jusqu’à la fin de la saison 2025-2026.

Malgré cette assurance, Monaco a ensuite été informé d’une facture fiscale de 952 771 € pour la saison 2024-2025, soit près de quatre fois supérieure aux 258 330 € prévus. Le club a contesté avec succès ce chiffre devant la Chambre d’appel de la FFBB, qui a jugé que l’accord de septembre 2023 avait créé des droits légaux contraignants et devait être appliqué.

Cette victoire s’est avérée de courte durée. Le 5 mars 2025, le comité exécutif de la LNB a adopté de nouvelles méthodes de calcul qui, selon Monaco, ont augmenté sa pression fiscale de 228 pour cent. Le Cerf-Galle affirme que cette décision annule de fait l’accord de 2023 et a été adoptée sans les « circonstances exceptionnelles » requises par la réglementation, ce qui la rend juridiquement viciée.

Depuis, les positions se sont durcies. La LNB a introduit la règle d’exclusion des séries éliminatoires pour non-paiement, signalant ce qu’elle décrit comme la fin de sa patience. Monaco, de son côté, a saisi le Conseil d’État en déposant un recours en annulation de la décision de la Ligue pour abus de pouvoir. Une décision est attendue au premier trimestre 2026.

Suite au refus de la Ligue la semaine dernière de réviser la demande de 2,25 M€, Monaco a de nouveau fait appel devant la Chambre d’appel de la FFBB et n’a pas exclu une poursuite devant le Tribunal administratif.

Dans un communiqué, le club a déclaré qu’il attendait à la fois sa convocation et une décision sur l’effet suspensif de son appel. Monaco insiste sur le fait qu’il recherche simplement l’application des règles telles qu’elles ont été formellement énoncées en septembre 2023, ainsi que la stabilité réglementaire et la prévisibilité financière – des demandes qui, selon elle, sont jusqu’à présent restées sans réponse.

Alors que les échéances approchent et que les procédures judiciaires se multiplient, le bras de fer menace désormais de déborder directement sur le terrain, la place de Monaco en séries éliminatoires étant en jeu.