Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le port de Monaco n’a jamais été envahi par des pirates de haute mer ? La légende raconte que cela a failli se produire une fois, mais les Monégasques, à l’esprit vif, ont tout pris sans lever le petit doigt. L’histoire ressemble à ceci…
Il y a très, très longtemps, une flotte de méchants bateaux pirates s’approchait de la côte monégasque sous le Rocher, vers ce qui serait aujourd’hui connu sous le nom de Port Hercule. Debout sur la proue du navire de tête, le capitaine de la flotte, borgne et en colère, criait à travers l’eau aux habitants de Monaco :
« Je suis un homme de parole ! À 13 heures, j’enverrai un navire dans votre port pour vous détruire tous ! »
Les Monégasques semblaient légèrement inquiets.
« Ce n’est que lorsque le premier navire arrivera à votre côte que nous commencerons notre assaut », a-t-il poursuivi, « mais juste pour être sûr de votre destruction, comme couverture, j’enverrai un autre navire 15 minutes avant lui, à 12h45. Ce navire commencera l’attaque et vous n’aurez aucune issue. Oh, et juste au cas où il y aurait des problèmes avec ce navire, j’en enverrai un autre aussi, quelques instants avant, pour commencer l’attaque; et aussi un autre légèrement avant celui-là. Et un juste avant celui-là aussi; et un autre avant ça. Et ainsi de suite… à l’infini !»
Aux mots à l’infiniles Monégasques se sont soudainement détendus.
Ils avaient repéré la faille dans le plan du pirate. Comme le pirate était un homme de parole, il semblait s’être pris au piège d’un paradoxe. Malgré un nombre infini de navires de sa flotte en route pour l’invasion, les Monégasques se rendirent compte qu’aucun ne pourrait jamais arriver en premier. En s’en rendant compte, ils se détendirent, ouvrirent le pastis et profitèrent du calme du port.
Alors pourquoi pas de menace ?
Quel que soit le navire que le pirate envisage d’envoyer en premier, il s’est également engagé à en envoyer un autre juste devant lui pour lancer l’attaque. Ainsi, le navire initialement déployé ne peut pas attaquer, car un autre a été envoyé devant lui pour commencer l’assaut. Et ce navire ne peut pas non plus attaquer, car le pirate tient parole et en envoie un autre devant lui. Pour chaque navire destiné à commencer l’attaque, il doit toujours y en avoir un autre qui le précède. Il n’y a donc jamais un premier navire qui arrive et commence l’assaut.
Pour y voir plus clair, la question à se poser est de savoir quel bateau pirate de la flotte infinie attaquerait réellement le port. Il est impossible d’en nommer un car, aussitôt que vous le faites, la réfutation arrive : il ne peut pas s’agir de ce navire : un autre a été envoyé devant lui en guise d’assurance. Montrez plutôt ce vaisseau, et un autre a déjà été envoyé devant celui-là aussi… et ainsi de suite, à l’infini.
Comme le pirate a également fièrement déclaré qu’il était un homme de parole, il est beaucoup trop têtu pour abandonner son plan et s’y tient. Il est toujours ancré au large de Monaco, se grattant la barbe, l’air perplexe, se demandant pourquoi sa flotte infinie de navires n’a aucun effet.
La longue file de navires pirates venant attaquer est peut-être infinie, mais en conséquence, il ne peut jamais y avoir de premier navire à lancer l’assaut. Il est effectivement temps d’ouvrir le pastis. Aucun pirate n’attaquera ces côtes de sitôt et vous aurez suffisamment de temps pour vous détendre et profiter de la tranquillité du port.
A voir !
Références
Pour en savoir plus sur des phénomènes similaires :
Pruss, Alexandre. « Du paradoxe de la Faucheuse à l’argument de Kalam. » 2009.
Koons, Robert C. « Un nouvel argument Kalam : la vengeance de la Faucheuse ». Nous, 48 ans, non. 2 (2014), pages 256 à 267.