Associé d’un oligarque russe, transfert de 3 millions d’euros vers les Philippines : dans le cadre de l’amende bancaire de Monaco d’un million d’euros

Un paiement de dividende de 3 millions d’euros, reçu en janvier 2024 par un client russe basé aux Émirats arabes unis et transféré trois jours plus tard sous forme de prêt à une société dont le comptable était basé aux Philippines, faisait partie des transactions signalées par l’organisme de surveillance financière de Monaco comme n’ayant pas fait l’objet d’un contrôle, selon Monaco-Matin‘s fait état d’une amende d’un million d’euros prononcée contre la banque Havilland. Le même client, rapporte le média, entretenait des liens d’affaires avec un oligarque russe soumis à des mesures de gel d’avoirs depuis mars 2022.

L’amende, prononcée par l’Autorité Monégasque de Sécurité Financière (AMSF) fin juin 2026, s’inscrit dans le cadre de la lutte continue de la Principauté contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, et arrive alors que Monaco se rapproche de la sortie de la liste grise du Groupe d’Action Financière d’ici la fin de l’année, un processus qui continue de faire l’objet d’un examen attentif de l’efficacité de l’application réelle de ses réformes législatives. Selon Monaco-Matin, l’AMSF a prononcé le même mois une deuxième sanction, plus légère, de 75 000 € d’amende, dont 25 000 € avec sursis, à l’encontre de Guardian Management, prestataire de services lié à des structures juridiques étrangères parmi lesquelles des sociétés, fondations et trusts.

Le cas de Havilland a attiré particulièrement l’attention après que l’organisme de sanctions de l’AMSF a insisté pour nommer publiquement la banque, malgré sa demande d’anonymat, faite en raison d’un récent changement de propriétaire, de sa taille et de son poids économique limités, ainsi que de préoccupations concernant l’atteinte à sa réputation. La banque a depuis été rebaptisée Moncrief Banque Privée, suite au retrait de l’agrément de sa société mère luxembourgeoise par la Banque centrale européenne en 2024, la même année où les inspecteurs de l’AMSF examinaient ses opérations monégasques du boulevard des Moulins, où 19 collaborateurs géraient alors 449 millions d’euros d’actifs répartis sur 360 comptes clients.

Selon le compte rendu de Monaco-Matin du rapport de 53 pages de l’AMSF, sept défaillances distinctes ont été identifiées, couvrant l’identification des risques, la due diligence des clients, la vigilance permanente, le suivi des transactions, le traitement des transactions atypiques et l’organisation interne. Trois de ces manquements ont été traités comme des récidives, la banque ayant déjà été inspectée en 2017 et sanctionnée par le ministre d’État de Monaco en octobre 2021, des mesures correctrices qui n’ont visiblement pas permis de résoudre les problèmes sous-jacents. L’AMSF a noté que même si la banque elle-même était de taille modeste, elle appartenait à un groupe bancaire international disposant des ressources nécessaires pour doter en personnel et en équipement sa succursale locale de manière à répondre à ses obligations de conformité.

Parmi les lacunes spécifiques détaillées, le rapport révèle qu’une méthodologie erronée de classification des risques a conduit la banque à sous-estimer considérablement les profils de risque de ses clients, malgré une clientèle composée à 45 pour cent de clients non-résidents, de sociétés de portefeuille étrangères et de clients présentant des facteurs de risque élevés. En réalité, les clients à risque élevé et très élevé représentaient 31 pour cent de la clientèle de la banque, bien au-dessus des 18 pour cent enregistrés par la banque, représentant ensemble 61 pour cent des actifs sous gestion. L’AMSF évoque également une mauvaise compréhension du contexte financier des clients et de l’origine de leur patrimoine dans plusieurs dossiers à risque, ainsi que deux relations d’affaires entretenues malgré l’incapacité de la banque à remplir ses obligations de diligence, dont un cas où un bénéficiaire effectif n’a été identifié qu’en 2018, cinq ans après le début de la relation.

La structure interne de la banque a également été critiquée pour son inadéquation à son exposition aux risques, avec seulement deux collaborateurs dans son service de conformité ayant traité plus de 20 000 alertes en 2023, et son manque d’autonomie opérationnelle, le directeur général étant tenu d’approuver personnellement toute opération atypique.

Les avocats de Havilland ont contesté dans leur intégralité les sept conclusions. Dans une déclaration fournie à Monaco Life, Moncrief Private Bank a déclaré que ses nouveaux actionnaires avaient investi dans le renforcement de ses contrôles sur la criminalité financière depuis le changement de propriétaire, s’éloignant des politiques générales de l’ancien propriétaire au profit de procédures spécifiques à la banque, et avaient commandé un audit de conformité indépendant soutenu par une équipe de conformité élargie.

Le secteur bancaire monégasque comprend un certain nombre d’institutions internationales majeures, parmi lesquelles l’UBS, qui maintient une présence significative en Principauté dans le cadre du paysage plus large des services financiers que l’AMSF continue de surveiller dans le cadre de ses efforts d’application.