Un jeune de 20 ans condamné à 18 mois de prison pour une fausse escroquerie policière ciblant les résidents de Monaco

Une femme de 20 ans a été condamnée à 18 mois de prison par le tribunal correctionnel de Monaco après avoir été reconnue coupable d’escroquerie à l’encontre de deux résidents au cours du premier week-end d’août, dans le cadre de la dernière affaire d’arnaque aux faux policiers en cours à Monaco. Selon Monaco-Matin, qui a réalisé le premier reportage de l’affaire, l’une des victimes avait remis plusieurs bijoux en or à la jeune femme.

Cette condamnation intervient quelques semaines seulement après que la Sécurité publique de Monaco a envoyé 6 000 lettres de sensibilisation aux Monégasques et résidents de plus de 75 ans, à la suite d’un précédent incident au cours duquel des résidents avaient été escroqués pour un million d’euros de bijoux par un fraudeur se faisant passer pour un policier. Dans cette lettre, le chef de la Sécurité publique, Eric Arella, rappelait aux résidents qu’aucune banque, aucun bureau gouvernemental ou service de police ne leur demanderait jamais de partager des codes confidentiels, d’effectuer un paiement ou un virement immédiat, ou de remettre des objets de valeur.

Malgré cet avertissement et la large médiatisation de l’arnaque, deux autres habitants ont été ciblés avec une méthode quasi identique dimanche 2 août. Dans chaque cas, un fraudeur se faisant passer pour un policier a pris un premier contact par téléphone, affirmant que l’habitant avait été visé par une fraude, avant d’envoyer une jeune femme, également se faisant passer pour un policier, au domicile de la victime pour « sécuriser » ses biens, généralement des cartes bancaires ou des bijoux.

Une victime, octogénaire, s’est fait photographier uniquement sa carte bancaire avant de se méfier de l’insistance de ses interlocuteurs. La deuxième victime, âgée de 74 ans, a remis plusieurs bijoux en or, sa carte bancaire, voire les clés de sa maison. C’est son mari qui, surveillant à distance la caméra de sécurité du domicile du couple, a alerté la Sécurité publique, menant à l’arrestation immédiate d’une jeune femme retrouvée dans un véhicule dans la nuit du 2 au 3 août, en possession des objets volés. Les enquêteurs ont découvert par la suite qu’un autre individu avait été pris pour cible à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Présentée mercredi devant le tribunal en première instance, l’accusée, identifiée comme Meïssa H., est apparue visiblement secouée et en larmes tout au long de l’audience. Son profil a frappé dans la salle d’audience : 20 ans, sans emploi, sans casier judiciaire, originaire de Strasbourg (Grand Est), un parcours similaire à celui d’un jeune homme condamné fin juin à la même peine de 18 mois pour des faits comparables, un Metz de 18 ans. On ne sait pas encore si les deux hommes sont liés au même réseau criminel.

Devant le tribunal, Meïssa H. s’est décrite comme une jeune femme naïve qui s’était laissée entraîner par des gens promettant de l’argent facile, avant d’être menacée de diffusion de vidéos intimes d’elle et de menaces contre son jeune frère. Le président du tribunal, Thierry Deschanels, lui a demandé des détails sur le fonctionnement du réseau et elle a décrit avoir été recrutée anonymement via Snapchat avec la promesse d’une opportunité bien rémunérée et d’un voyage tous frais payés sur la Côte d’Azur pour transporter de l’argent entre les lieux. Malgré les hésitations initiales, elle a accepté et a fait participer deux amis au projet. Les organisateurs de l’opération lui ont payé pour louer une voiture en Allemagne et réserver deux propriétés près de Monaco via Airbnb. Elle a déclaré au tribunal qu’une fois qu’elle avait compris ce qui se passait, elle avait été menacée et que lors du deuxième incident, elle avait paniqué et était sur le point de restituer les affaires de la victime lorsqu’elle a été arrêtée.

Le juge s’est montré sceptique quant à son récit, notant que même si ses enregistrements téléphoniques montraient de nombreuses communications avec ceux qui dirigeaient le projet, aucune preuve de menaces n’apparaissait dans le dossier et qu’elle avait néanmoins continué à participer. Il a suggéré que son témoignage équivalait à un récit de victimisation et a évoqué la possibilité qu’elle ait elle-même agi en tant que recruteuse pour le réseau.

Représentant l’une des victimes, l’avocat Lionel Dick s’est dit frappé par le manque apparent d’empathie du prévenu et a mis en doute la crédibilité des excuses avancées devant le tribunal, arguant que son client, déjà à la santé fragile, avait subi un préjudice psychologique important et réclamait 3 000 € de dommages et intérêts.

Le vice-procureur Mathias Marchand a requis 18 mois de prison ferme, une interdiction de séjour de cinq ans à Monaco et la confiscation du téléphone portable du prévenu, qui avait été saisi comme preuve. Il a fait valoir que les criminels à l’origine de cette opération avaient exploité le fait que les résidents accordaient une confiance totale à la police monégasque et que, même si la prévenue avait reconnu les faits lors de sa garde à vue, elle semblait désormais se cacher derrière des allégations de naïveté et des menaces non prouvées. Il l’a décrite comme une participante active à une véritable opération de fraude qui tentait de manipuler le tribunal, ajoutant que sans son arrestation, d’autres infractions auraient probablement suivi.

Pour la défense, l’avocate Eva Barilaro-Fabre a déclaré qu’elle n’avait cherché à minimiser ni les faits de l’affaire ni l’impact sur les victimes, décrivant sa cliente comme une jeune femme dévastée et pleine de remords, et a exprimé sa conviction que ce serait la première et la dernière fois qu’elle se retrouverait dans une telle situation. Juridiquement, elle a fait valoir que son client n’avait pas personnellement bénéficié des biens volés et n’avait pas personnellement causé le préjudice financier des victimes, sollicitant l’acquittement des accusations d’escroquerie et demandant que l’infraction soit requalifiée en complicité de tentative d’escroquerie ou d’association de malfaiteurs, dans l’espoir d’obtenir une réduction de peine.

Le tribunal a finalement suivi les recommandations du parquet, condamnant Meïssa H. à 18 mois de prison, tout en réduisant l’interdiction territoriale de dix ans demandée, et a fait droit à la demande de la victime de 2 000 € de dommages et intérêts.