Parfum Femme : Quatrième Partie

Dans la quatrième partie de sa nouvelle série, Patrick Laure réfléchit sur la justice, la vie et la croyance, en s’appuyant sur le jugement biblique du roi Salomon pour s’interroger sur la manière dont les sociétés équilibrent la moralité, le droit et l’évolution des droits des femmes…

Le roi Salomon, prêt à couper un bébé en deux

Le jugement de Salomon est une décision ou une proposition de conclusion inspirée d’une histoire de la Bible, qui représente Salomon, chef du royaume d’Israël, réglant sagement un différend entre deux femmes, chacune prétendant être la mère du même enfant.

Le Premier Livre des Rois (3 : 16-28) dit que la dispute opposait deux femmes qui avaient chacune donné naissance à un enfant, mais dont l’une était morte étouffée. Ils se sont ensuite battus pour l’enfant survivant. Pour régler le différend, Salomon exigea une épée et ordonna : « Coupez l’enfant vivant en deux et donnez-en la moitié à la première femme et l’autre moitié à la seconde.

L’une des femmes a déclaré qu’elle préférait abandonner l’enfant plutôt que de le voir mourir. Salomon la reconnut comme la véritable mère de l’enfant. Il lui a donné le bébé et a ainsi sauvé la vie de l’enfant.

La leçon magistrale de cet arrêt est de savoir se détacher de l’égalité, en apparence satisfaisante, et rechercher la vraie justice. L’analyse des émotions qui ont conduit à la dispute (jalousie pour celle qui n’est pas la mère, instinct maternel pour l’autre) est plus importante que les preuves matérielles. L’apaisement des parties, conséquence d’une vraie justice, prend en compte les émotions sous-jacentes. La vraie mère garde l’enfant, la femme jalouse est punie : les mauvaises intentions sont vaincues, l’amour est récompensé. Cette parabole peut être utilisée pour illustrer le précepte selon lequel la justice n’est pas l’égalité.

Le rôle du juge apparaît différent de ce qu’il est devenu : plus qu’un « porte-parole de la loi », un égaliseur, il est un acteur et rend un verdict fort. Nous voyons ici le rôle du juge davantage comme une expression de la sagesse et de la connaissance de la nature humaine que comme une expertise réglementaire.

Ainsi, le jugement de Salomon est la mère de notre projection de justice, qui peut impliquer l’acte de «couper en deux» l’enfant, la vie elle-même.

On ne peut s’empêcher de faire une analogie entre le jugement de Salomon et le plaidoyer de Maître Badinter contre la peine de mort.

Maître Badinter résume parfaitement la peine de mort : c’est «couper un homme en deux« . Certes, c’est la guillotine, seul mode d’exécution, qui permet cette analogie. Ni la pendaison ni l’injection létale ne le permettent.

Lors des exécutions par injection létale, j’ai toujours été surpris par le coton anti-infectieux frotté sur l’avant-bras du condamné avant l’insertion de l’aiguille, comme s’il y avait une priorité dans le jugement mortel des hommes : tu es un gentil microbe, tu viens après moi, et en plus, tu n’es pas un microbe pour rien…

Paradoxalement, en vertu de la religion, l’homme veut être le jugement de Salomon, à tout moment, avant et à la place des femmes.

Dans son plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort, Maître Badinter réfutait en fait inconsciemment le jugement de Salomon : aucun être humain ne doit être coupé en deux, qu’il s’agisse d’un bébé innocent ou d’un adulte accusé.

Avortement? Est-ce que c’est couper un fœtus en deux ? Bien sûr que non.

La vie est une histoire de mères, de femmes, qui fondera pourtant l’humilité des hommes face à la création, bref face aux femmes. Ce sera l’acceptation légale du droit à l’avortement dans la plupart des pays.

Cependant, le voyage sera long, commençant par une prise de conscience de l’origine de la vie.

D’où viennent les enfants ?

À côté des réflexions sur le but de l’existence, c’est la première question que se posent les religions. Depuis la préhistoire, les manifestations religieuses témoignent du pouvoir féminin. Avec l’avènement des métaux, les déesses semblent avoir reculé, concurrencées par des dieux puissants. Ils occupent néanmoins la place subtile de compagnons aimants.

A l’aube du christianisme, un renversement des valeurs s’opère : l’érotisme sacré se convertit en charité chrétienne. Les religions animistes et extrême-orientales, en revanche, maintenaient la tradition des cultes de la fertilité, tandis que l’Islam mettait l’accent sur la séparation entre hommes et femmes.

Cette histoire ancestrale touche à la fois au sens du sacré et à la transmission de la vie, une histoire que la modernité, à l’heure de la bioéthique et de l’égalité des sexes, modifie profondément.

Pour conjurer la mort, il faut renaître, assurant la continuité des générations. Le culte des mères glorifie la naissance éternelle : le ventre d’une femme est une promesse de l’au-delà.

Serait-ce là le premier obstacle à l’acceptation de l’avortement ? Un parallèle avec l’euthanasie soulève la même question posée au début du débat sur l’avortement.

Le serment d’Hippocrate, texte fondateur de l’éthique médicale occidentale, a été interprété à tort comme étant à l’origine de l’interdiction de l’avortement, mais le texte n’interdit que l’usage des substances abortives les plus dangereuses. Ce n’est que dans un souci de équilibre démocratique que les empereurs romains Septime Sévère et Caracalla punirent l’avortement par des rescrits au IIIe siècle. A cette époque, une plante (le silphium) était principalement utilisée comme abortif et contraceptif. La myrrhe était également utilisée en application locale.

Les faiseurs d’anges.

Avant la légalisation de l’avortement, ces procédures étaient pratiquées illégalement, en secret, avec des méthodes souvent dangereuses (injection d’eau savonneuse dans l’utérus, insertion de sondes dans le col, aiguilles à tricoter, massages, etc.). Les complications graves étaient fréquentes (lésions, infections, saignements), parfois mortelles. En France, les avorteurs étaient passibles de sanctions à des degrés divers. Dans la plupart des cas, les interruptions de grossesse se sont déroulées sans problème, ce qui ne permet pas de déterminer l’étendue des activités des avorteurs.

La définition du terme, proposée par Émile Littré en 1877, est la suivante : « une nourrice qui laisse délibérément mourir les enfants qui lui sont confiés ». L’idée était donc que ces enfants innocents deviendraient des anges après la mort. Entre le 19ème et20ème des siècles, il y a eu un glissement sémantique : auparavant, le « faiseur d’anges » provoquait la mort des enfants ; plus tard, ce furent les embryons.

En 1890-1891, les « avorteurs de Paris » (ou « avorteurs des Batignolles ») font la une des journaux en France lorsque la presse révèle l’existence d’une « vaste agence » de faiseurs d’anges à Clichy (près de Paris).

Dans la plupart des pays occidentaux, cette activité a disparu depuis la légalisation de l’avortement, devenu un acte médical.

Patrick LAURE
Secrétaire Particulier
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laurepatrick@wanadoo.fr

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