L’ancienne ministre monégasque Sylvie Petit-Leclair a rejoint le cabinet d’avocats parisien Briard & Bonichot, ce qui la place aux côtés de plusieurs personnalités de plus en plus critiques à l’égard de l’entourage actuel de Monaco, selon une information publiée par La Lettre vendredi 29 mai.
Petit-Leclair, ancienne magistrate française, a été procureur général de Monaco depuis 2018 avant d’entrer au gouvernement en 2022. Son départ de la fonction publique est intervenu des mois avant la fin prévue de son mandat, suite à une période de tensions croissantes au sein des institutions de la Principauté.
Selon La Lettre, le nouveau rôle de Petit-Leclair marque un passage important de la fonction publique à la pratique privée et la rapproche professionnellement de l’avocat François-Henri Briard, un membre éminent du Conseil d’État et de la Cour de cassation de France.
Briard n’est pas étranger aux milieux politiques et économiques monégasques. Il a représenté des acteurs majeurs dans plusieurs litiges très médiatisés, notamment le promoteur immobilier Caroli Immo, dont les intérêts ont croisé certaines des polémiques les plus suivies de la Principauté ces dernières années.
L’arrivée de Petit-Leclair chez Briard & Bonichot la rapproche également d’un groupe d’anciens conseillers et hauts fonctionnaires qui se retrouvent de plus en plus éloignés du pouvoir actuel de Monaco.
Le groupe comprend Thierry Lacoste, conseiller de longue date du prince Albert II, l’ancien administrateur du palais Claude Palmero, l’ancien directeur de cabinet Laurent Anselmi et l’ancien président de la Cour suprême Didier Linotte. Tous ont figuré en bonne place dans les débats publics qui ont suivi la publication des « Dossiers du Rocher », la série de documents divulgués qui ont révélé les tensions internes au sein de l’establishment gouvernemental de Monaco.
Avant de quitter ses fonctions, Petit-Leclair avait elle-même publiquement critiqué Christophe Steiner, alors directeur de cabinet de Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II, et soulevé des questions sur la transparence financière au sein de la Principauté.
Les observateurs notent que la pratique de Briard a fréquemment recoupé de grands projets de développement et des litiges commerciaux à Monaco. L’avocat a représenté des personnalités influentes du monde des affaires, notamment des membres de la famille Pastor, et a été impliqué dans des litiges touchant à des projets immobiliers importants à travers la Principauté.
Sa représentation de la société Plata dans une procédure contre l’Etat monégasque a notamment contribué aux retards affectant un important développement soutenu par des intérêts liés au groupe Pastor.
Le recrutement d’un ancien haut fonctionnaire possédant une connaissance approfondie du paysage juridique et institutionnel monégasque est donc de nature à renforcer la position du cabinet dans les futurs dossiers liés à Monaco.
Cette décision a également relancé les discussions sur le cadre réglementaire monégasque régissant les transitions de la fonction publique vers les fonctions du secteur privé.
Contrairement à la France, où les hauts fonctionnaires peuvent être tenus de demander l’accord de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique avant d’accepter certains postes privés, Monaco ne dispose pas d’autorité équivalente pour superviser ces nominations.
En conséquence, le passage de Petit-Leclair à la pratique privée n’a pas nécessité d’examen indépendant, une situation qui, selon certains spécialistes de la gouvernance, met en évidence une lacune dans les garanties de la Principauté en matière de conflits d’intérêts.
Même si aucune règle ne semble avoir été enfreinte, cette nomination est susceptible d’alimenter de nouveaux débats sur la transparence et le contrôle à Monaco, en particulier à un moment où les relations entre anciens et actuels membres de l’establishment de la Principauté restent sous surveillance étroite.