Un ancien député ukrainien et son ex-femme ont comparu cette semaine devant le tribunal correctionnel de Monaco, accusés d’avoir blanchi des millions d’euros détournés des fonds publics en Ukraine pour acheter des biens immobiliers de luxe sur la Côte d’Azur. Monaco-Matin a rapporté.
Cette enquête de longue haleine, remontant à huit ans, a abouti à une audience, mardi 4 novembre, devant un collège de magistrats de la Principauté. Les procureurs allèguent que l’ancien député, identifié comme Ruslan T., autrefois membre du conseil municipal d’Odessa, a détourné 6,7 millions d’euros de fonds détournés via un réseau de sociétés écrans offshore, utilisant ensuite cet argent pour acquérir des propriétés dans le prestigieux Grand Hôtel du Cap Martin.
Selon le parquet, cinq comptes bancaires basés à Monaco ont été utilisés pour dissimuler l’origine des fonds. La cellule de renseignement financier SICCFIN (aujourd’hui AMSF) avait tiré la sonnette d’alarme pour la première fois en juillet 2017, constatant des transactions suspectes impliquant des sociétés civiles monégasques. Des commissions rogatoires internationales ont ensuite été délivrées à l’Ukraine et à d’autres juridictions.
Le procureur général adjoint Morgan Raymond a décrit Ruslan T. comme le « cerveau » du stratagème, l’accusant d’avoir transformé Monaco en « une plaque tournante financière pour le blanchiment » à travers un réseau complexe d’entités enregistrées à Dubaï, en Lituanie, à Chypre, en Nouvelle-Zélande et en Norvège. Il a requis cinq ans d’emprisonnement et 500 000 euros d’amende pour l’ancien homme politique, et trois ans avec sursis et 300 000 euros d’amende pour son ex-épouse, ainsi que la confiscation des biens saisis et une interdiction de diriger des sociétés à Monaco pendant dix ans.
Ruslan T. n’a pas assisté à l’audience. Il vivrait à Dubaï, évitant ainsi un mandat d’arrêt international et une notice rouge d’Interpol. Son ex-épouse, qui détient 99 pour cent des parts des sociétés monégasques liées à l’affaire, a insisté sur le fait qu’elle avait été « utilisée » par son ex-mari comme couverture, niant avoir eu connaissance de ses relations.
Les avocats de la défense des deux accusés ont dénoncé ce qu’ils ont qualifié de « graves lacunes » dans la thèse de l’accusation. L’avocate Marie-Alix Canu-Bernard, basée à Paris, représentant Ruslan T., a fait valoir que les autorités ukrainiennes n’avaient jamais prouvé une infraction sous-jacente de blanchiment d’argent et que le projet contesté de traitement des eaux usées au centre des allégations de corruption avait effectivement été réalisé sans surfacturation.
Son collègue José-Marie Bertozzi, représentant l’ex-femme, est allé plus loin, suggérant que l’affaire portait la marque de représailles politiques contre un ancien député tombé en disgrâce dans le paysage politique changeant de l’Ukraine. « Il n’y a rien de concret en Ukraine », a-t-il déclaré, affirmant que sa cliente n’avait aucun rôle dans les activités financières de son mari au-delà d’une implication administrative nominale.
Le tribunal de Monaco rendra son verdict mardi 16 décembre.