Parfum Femme : Deuxième partie

Dans cette deuxième partie de sa nouvelle série, Patrick poursuit son voyage culturel et philosophique à travers les textes et traditions religieuses, examinant comment les mythes de la création, la doctrine théologique et la dévotion populaire ont façonné, et souvent marginalisé, le rôle des femmes, tout en révélant comment la présence féminine a persisté à travers le symbolisme, le folklore et la foi vécue plutôt que dans les écritures officielles...

Au début

L’histoire de l’amour charnel entre hommes et femmes prend naissance dans nos esprits cultivés, notre inconscient ancestral, ou notre subconscient universel, à travers les écrits de la Bible. C’est l’histoire d’Adam et Ève.

Alors qu’Adam était seul, Dieu n’ayant pas encore créé de femme, sa fiancée, Ève, Adam errait seul, avec pour attributs physiologiques son pénis et un trou, un trou dans lequel il rangeait son pénis. Ainsi, comme la croissance physiologique de son sexe le gênait dans ses longues promenades solitaires dans le désert, son trou était le bienvenu.

Constatant la situation confortable d’Adam à court terme, mais néanmoins ridiculement absurde à long terme, Dieu prit une des côtes d’Adam pour créer une femme, Ève.

(Michel Tournier, « Le coq de Bruyère »).

C’était encore et jusqu’alors une vision machiste des choses, avec des hommes toujours à la source de la création, en l’absence d’une répartition des rôles à venir.

Cependant, paradoxalement, Joseph n’avait pas son mot à dire en la matière ; Marie a été fécondée par Dieu sans avoir vu le loup. Pauvre Joseph, sa masculinité lui a été retirée d’emblée, sa virilité a été mise à mal et, pire encore, il n’a même plus eu de trou pour accueillir son sexe ; Eve était née il y a longtemps.

Son enfant est Jésus, un garçon, et quand on y pense, c’est aussi bien, car même dans la Grèce classique et dans la Rome antique, l’avortement était une pratique condamnée car elle privait le père de son droit de disposer de sa progéniture comme bon lui semblait ; et vu ce qui s’est passé ensuite, c’est normal, sinon Marie-Madeleine n’aurait jamais existé.

Par ailleurs, au XIIIe siècle, les théologiens chrétiens optent pour une animation différenciée entre garçons et filles : ils fixent l’apparition d’une âme chez les fœtus à 40 jours pour les garçons et 80 jours pour les filles.

Les femmes mettent apparemment deux fois plus de temps à exister que les hommes – quelle étrange façon de voir l’origine du monde. Pendant ce temps, Georges Lemaître, chanoine et astrophysicien belge, contemporain d’Albert Einstein et père de la théorie du Big Bang, ne peut s’empêcher de faire un lien entre la théorie du Big Bang et le récit biblique de la création dans l’Ancien Testament, où Dieu crée le monde en un jour et met six jours pour lui donner vie.

Encore quarante jours pour créer une femme, lui donner l’existence et la vie. L’homme a effectivement tué Dieu, ou du moins il pense l’avoir fait, oubliant que Marguerite Yourcenar avait prévenu : «Rien n’est plus lent que la naissance d’un homme

Plus tard, le Constitutio Criminalis Carolineédicté par Charles Quint en 1532, fixe le moment d’animation du fœtus en pleine grossesse, c’est-à-dire dès que la mère perçoit ses mouvements.

Pourquoi pas? Les voies du Seigneur sont impénétrables, mais il n’en demeure pas moins que c’est Marie qui donne naissance, apparemment sur le seul ordre du Seigneur, à l’origine de la vie, ou plutôt du monde, selon Gustave Courbet.

Et si un schisme surgit entre catholiques et protestants à ce sujet, en réalité, que ce soit dans les églises protestantes ou catholiques, dans leurs Maisons de Dieu respectives, aucune de ces divergences chrétiennes n’a rencontré le propriétaire de leurs maisons.

Tels sont les fonts baptismaux de la création, de l’origine du monde, la femme accouche, par la grâce de Dieu avant tout, et par Adam, qui, s’étant fait enlever une côte, oublie son trou, pour retrouver celui d’Ève, trou qui lui est offert de sa côte enlevée.

Dieu a le sens de l’humour, depuis sa première création humaine, Adam, à qui on a enlevé une côte pour se voir offrir un autre trou, sinon le sien. Joseph, quant à lui, n’a pas son mot à dire sur la naissance de son fils Jésus ; et Ève, pas plus que Marie, ne s’en rend compte, sauf qu’ils créent la vie respectivement dans le péché ou contre leur volonté.

Le péché originel est féminin.

Or, le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahweh Elohim avait créés. Il dit à la femme : «Elohim a-t-il vraiment dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin » ?« 

La femme dit au serpent : «Nous pouvons manger les fruits des arbres du jardin, mais Elohim a dit : « Tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, et tu n’y toucheras pas, de peur de mourir »..

Le serpent dit à la femme : «Vous ne mourrez sûrement pas, mais Elohim sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.« 

La femme vit que l’arbre était bon à manger, qu’il était agréable aux yeux et que l’arbre était désirable pour rendre sage. Elle prit du fruit et en mangea, et elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il mangea.

(Genèse III,7-15)

En effet, suivant cette logique aux connotations misogynes, les écritures bibliques donnent aux femmes des rôles secondaires et des liturgies, des auxiliaires ; ils sont exclus de la rédaction des textes officiels et de la mémoire canonique.

Mais les femmes ont toujours leur voix et leur ventre pour transmettre la foi et fournir des adeptes aux religions dirigées par les hommes.

C’est une religion populaire qui réhabilite les femmes.

Ainsi, si l’on veut magnifier les femmes, on ne peut pas s’appuyer sur des textes canoniques ou sur la théologie officielle. L’exaltation du rôle de la femme n’est possible que dans une religion populaire, largement orale ou visuelle. C’est vrai dans l’histoire chrétienne elle-même, où l’on voit périodiquement des femmes du peuple se lever pour prophétiser, c’est-à-dire parler et commander au nom de Dieu : en France, sainte Geneviève (contre les « barbares »), Jeanne d’Arc (contre les Anglais) et, bien plus tard, Bernadette Soubirou (contre les libres penseurs) représentent cette tradition populaire de femmes inspirées, plus « viriles » que les hommes lâches, toujours dans leur « zone de confort » de des imposteurs.

Cela est également vrai de l’orthodoxie orientale qui, à travers les icônes, met en avant le culte de Marie.

C’est également le cas dans l’hindouisme, où l’esprit de fête et le goût des pèlerinages suscitent une foule de dévotions dans lesquelles les femmes jouent un rôle essentiel : la célébration des noces mystiques de Shiva et Minakshi, le culte de Sita, épouse de Rama et épouse modèle, la fête de Kumari, la « déesse vivante », incarnée à Katmandou par une jeune fille périodiquement élue pour « personnifier » le « principe féminin de Connaissance et de Pouvoir ». Dans une religion aussi visuelle que l’hindouisme, l’atout divin des femmes est le charme de leur visage.

Au contraire, les religions « iconoclastes », pour lesquelles la foi se fonde sur « les seules écritures » (sola écriture), n’accordent aux femmes qu’un rôle mineur dans la révélation divine. Cela est vrai du judaïsme, puisque la Bible est le premier livre sacré connu au monde à ne pas avoir de divinité féminine : soit Dieu n’a pas de genre grammatical (Yahweh), soit il est masculin (Elohim). C’est encore plus vrai de l’Islam, puisque le Coran ne connaît qu’un Dieu masculin (Allah), privé de son ancien compagnon sémitique (Allât). Et cela n’est pas moins vrai du protestantisme qui, en supprimant du christianisme tout ce qui n’est pas dans la Bible, abolit le culte des saints et le « superculte » (hyperdulie) de Marie.

La féminité dans la révélation trouverait un juste milieu dans le bouddhisme : bien que le Bouddha historique soit bien un homme, ses statues, celles de ses émanations (Bouddha de la médecine, du pardon, des péchés, etc.), et celles de ses disciples (bodhisattvas) présentent souvent des traits androgynes.

Ces bouddhas efféminés suggèrent simplement les principes du nirvana, l’extinction du désir, qui va de pair avec un estompage des différences sexuelles.

(Extraits choisis – Odon Vallet – Femmes et religions – Déesses ou Servantes de Dieu ?)

Patrick LAURE
Secrétaire Particulier
06 35 45 27 02
laurepatrick@wanadoo.fr

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