Dans la sixième et dernière partie de la série de Patrick, il examine l’asservissement croissant de la profession juridique, s’interrogeant sur la façon dont la logique de suspicion et de conformité entre en collision avec le devoir fondamental des avocats de défendre, de conseiller et de se placer entre l’individu et le pouvoir de l’État…
L’assujettissement dans la profession juridique
Sermon d’Hippocrate.
La loi sur l’euthanasie – Chacun est libre de décider quand mourir, et il ne s’agit pas du « droit de mourir dans la dignité », car la dignité n’a rien à voir avec cela, comme si nous ne vivions pas dignement, mais pouvions atteindre cet état lorsque nous passons dans l’au-delà. Même si cette digression n’a rien à voir directement avec le sujet, elle permet de relativiser le contexte.
Il n’appartient pas au médecin d’administrer la mort à son patient, ce qui est compréhensible car sinon il violerait son serment d’Hippocrate, et c’est honorable ; nous avons en outre aboli la peine de mort.
Il en va de même pour les notaires : ils ne peuvent être à l’origine d’une déclaration de soupçon ; ils ne peuvent pas spontanément dénoncer leurs clients à l’État parce qu’ils estiment que leurs clients ont eu un comportement répréhensible. Tout avocat qui se respecte sait que s’il est sollicité, ce n’est pas innocemment. Sauf que les intentions répréhensibles font justement partie du métier d’avocat, comme l’exige la profession (voir ci-dessous).
Maître Soulez-Larrivière, «L’Avocat« La profession juridique »
Je défends les veuves et les orphelins, mais aussi les meurtriers.
Comment défendre un salaud, un escroc, un criminel… ? C’est pour répondre à cette question souvent posée que Daniel Soulez Larivière a rédigé cet ouvrage de référence, publié d’abord en 1982, puis réédité en 1990 et 1995, et entièrement révisé et mis à jour pour cette nouvelle édition.
Revenant sur l’histoire mouvementée de la profession et s’appuyant sur son expérience personnelle et celle de nombreux confrères en France et à l’étranger, il met en lumière la dynamique de la profession et dresse le tableau du paradoxe au cœur du concept de plaidoyer : les avocats non seulement lubrifient la machine sociale mais, chargés de faire adhérer leurs clients à la justice, et donc à l’État, ils sont des agents de l’ordre public, même lorsqu’ils critiquent violemment les institutions.
Mais dans une société de plus en plus légalisée et dominée par l’économie, des armées internationales de juristes possèdent les instructions de fonctionnement complexes nécessaires aux sociétés modernes. Aujourd’hui, ils envahissent le bar français traditionnel. Il lui faudra subir une révolution.
Le droit de chaque individu d’être défendu par un avocat.
Le principe sacro-saint de justice, inscrit dans les droits de l’homme, est que toute personne a droit à une défense, le droit à un avocat pour la représenter, mais aussi pour la conseiller, l’orienter et la défendre, même contre l’indéfendable. Maître Dupont Moretti sera même qualifié d’« Acquitteur », tant son excellence dans l’art d’être défendu, et au mieux d’être acquitté en droit, sinon en conscience.
Chacun jugera par lui-même de cette description, mais en matière de justice et de droit, elle détermine avant tout la possibilité d’être défendu, riche ou pauvre, coupable ou innocent.
Nous traitons de détails techniques, de la science du droit au-delà du bien et du mal.
Il n’appartient pas à un avocat de formuler une déclaration de soupçon, car ce faisant, il ne fait plus son travail. Il est comme un médecin qui administre à son patient une solution mortelle. Au-delà du fait que le client fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent, comment pourrait-il être défendu en toute confiance par quelqu’un dont ses pairs ont fait une déclaration de soupçon à son encontre, et dont il devra se défendre ?
Il s’agit moins d’un serpent qui se mord la queue que d’une absurdité liée à une ignorance due à un manque d’hygiène intellectuelle que l’on est incapable de reconnaître, ni même de s’avouer, en matière juridique.
Il y a aussi le « sujet » qui, s’il est accusé de non-respect de l’application scrupuleuse des règles LBC, bref de non-déclaration de soupçons, peut devoir être défendu par un avocat lui-même soumis aux mêmes règles.
C’est un peu comme si un criminel était défendu par un autre criminel.
Certes, j’exagère, mais cela illustre la limite, ou plutôt l’absence de limites, une porosité dans les frontières entre professions qui reflète une méconnaissance du rôle assigné aux notaires dans la société, compte tenu du rôle de professionnel réglementé que l’État leur assigne.
Quel serait le risque de retirer les avocats de la liste des sujets ?
Que tous les criminels financiers passeraient par un cabinet d’avocats pour commettre leurs méfaits ? Surtout dans un pays où il y a près d’un policier pour 70 habitants et où, en raison d’un numerus clausus, il y a 33 avocats. Cela semble peu probable, à moins que le criminel en col blanc ne soit masochiste.
Et si tel était le cas, hormis les avocats qui défendent les veuves et les orphelins, mais aussi les meurtriers, la frontière serait alors suffisamment claire pour que les autorités de contrôle, l’État dans l’exercice de son pouvoir souverain de contrôle et de sanction, puissent utiliser ses inspecteurs, contrôleurs et autres détectives financiers, en toute connaissance de cause, pour appréhender les coupables de malversations financières, sans porter atteinte au noble métier d’avocat, robe oblige.
Conclusion
Notre société, autrefois composée d’industriels, d’agriculteurs, d’ouvriers, de scientifiques et d’ingénieurs, est devenue une société d’inspecteurs, de contrôleurs, de contrôleurs de capitaux et de contrôleurs de déchets avec des poubelles vertes, jaunes ou brunes, selon ce qu’on nous propose de consommer.
J’ai été banquier pendant 30 ans, élevé dans les marchés financiers, la gestion de patrimoine et le crédit aux entreprises, et lorsque nous faisions notre « tour de la banque » en tant que jeunes stagiaires fraîchement sortis d’écoles ou d’universités prestigieuses, c’étaient les seuls métiers que nous rencontrions.
Aujourd’hui, être banquier, c’est être un Compliance Officer, un policier en col blanc qui contrôle les entrées et sorties de capitaux enregistrées dans ses livres.
Il fut un temps où les contrôleurs de banque, ou « inspecteurs de banque », étaient diplômés des prestigieuses École Polytechnique et École Nationale d’Administration, et même eux ne parvenaient pas à pénétrer dans la tête de Jérôme Kerviel, un trader français d’options et de contrats à terme qui a enregistré la plus grosse perte financière de l’histoire de la finance, ce qui, au pays de Molière et de Voltaire, mérite d’être souligné.
Comment de jeunes inspecteurs, aussi intelligents soient-ils, de Tracfin ou de tout autre organisme chargé de la lutte contre le blanchiment, peuvent-ils raisonnablement se mettre dans la peau de grands criminels financiers ?
Et si tous ces inspecteurs et contrôleurs peuvent le faire, puisque c’est leur métier, comment les sujets peuvent-ils le faire mieux, alors que leur métier est complètement différent ?
Ainsi, comme Josh Randall, je suis libre de me livrer à cette activité de chasse aux primes, sous le terme contradictoire, voire arbitrairement autoritaire, de « sujet », « au nom de la loi », même si, sur la base de mes déclarations de suspicion sur autrui, sur mes clients, je serais un bon « sujet ».
Mais si je n’en retire aucun bénéfice ou récompense, comme Josh Randall, au moins je n’aurai pas d’amende, si je suis naturellement naïf, doute de tout et ne me méfie jamais de mes voisins, comme l’exige le devoir civique.
Patrick LAURE
Secrétaire Particulier
06 35 45 27 02
laurepatrick@wanadoo.fr
** Les informations fournies dans cet article sont uniquement à des fins d’information générale et ne constituent pas des conseils juridiques. Il n’est pas destiné à créer une relation avocat-client. Les lois et réglementations varient selon les juridictions et peuvent changer au fil du temps. Les lecteurs devraient consulter un professionnel du droit qualifié pour obtenir des conseils spécifiques à leur situation. L’auteur et l’éditeur ne sont pas responsables des actions entreprises sur la base de ces informations.