Le tribunal correctionnel de Monaco a condamné deux trentenaires argentins, Ugo et Gabriel, à quatre ans de prison chacun suite à un violent vol de montre sur le port Hercule, ainsi qu’à dix ans d’interdiction de remettre les pieds en Principauté une fois libérés. Monaco-Matin rapports.
Les deux hommes ont comparu devant le tribunal le vendredi 24 juillet, environ une semaine après avoir été arrêtés et placés en détention par la Sûreté publique de Monaco. Le président du tribunal, Florestan Bellinzona, a ouvert les débats en constatant que l’affaire aurait pu se dérouler très différemment si certaines circonstances aggravantes avaient été formellement appliquées, puisque l’incident, tel que décrit, concernait des violences plutôt qu’un simple vol, distinction qui, en droit monégasque, pouvait entraîner une peine de dix à vingt ans.
Selon le témoignage rendu au tribunal, la victime, influenceur bien connu en Principauté, dînait dans un restaurant du port avec sa famille, dont sa fille de cinq ans, dans la soirée du vendredi 17 juillet. Alors que le groupe revenait ensuite, l’un des prévenus s’est approché et a projeté la victime au sol avant de lui arracher de son poignet une montre de luxe, une Patek Philippe estimée à environ 120 000 euros.
Les enquêteurs ont pu identifier et interpeller rapidement les suspects grâce aux images de surveillance provenant de toute la Principauté, avant de récupérer la montre dissimulée sur l’un des hommes. Les images auraient montré l’un des deux hommes courant à la rencontre d’un complice sur un scooter près de la place Sainte-Dévote, après avoir changé de vêtements à plusieurs reprises au préalable, le scooter lui-même ayant été loué en France.
L’un des accusés a déclaré au tribunal que le vol était une décision impulsive et non planifiée, insistant sur le fait qu’il n’avait aucune connaissance particulière en matière de montres. Le tribunal s’est montré sceptique quant à cette version, soulignant la valeur de la montre concernée. Le juge a souligné plusieurs éléments qui, selon lui, pointaient vers une préméditation, notamment le temps nécessaire pour changer de vêtements, coordonner un point de rendez-vous et effectuer une reconnaissance préalable, arguant que la séquence des événements ne ressemblait pas à un acte impulsif. La victime elle-même a décrit le crime comme étant commis avec un degré de professionnalisme remarquable. Le tribunal a également soulevé des questions sur la présence des deux hommes en Europe, et plus particulièrement en Italie, au cours des deux mois précédents, que les prévenus ont attribuée à des raisons liées au travail, une explication que le tribunal n’a pas semblé pleinement convaincante.
L’avocat de l’un des prévenus s’est opposé à l’argument de la préméditation, appelant à la clémence compte tenu de la reconnaissance immédiate de l’infraction par son client et de ce qu’elle a décrit comme son rôle secondaire, ayant conduit le scooter plutôt que commis le vol lui-même. Elle a noté que plusieurs références de moralité avaient été soumises par l’Argentine et a soutenu que l’affaire représentait un crime d’opportunité plutôt qu’une opération planifiée.
Dans son réquisitoire, le substitut du procureur a condamné l’extrême violence de l’acte, qui s’est produit dans un moment familial calme, et a souligné l’impact traumatisant tant sur la victime que sur sa jeune fille. La victime, décrite comme visiblement secouée par cette expérience, a réclamé la peine maximale de cinq ans. La demande du procureur lui-même s’est arrêtée plus loin, demandant quatre ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour en Principauté.
L’un des avocats de la défense a critiqué l’ampleur de la demande de l’accusation, suggérant qu’elle semblait motivée davantage par l’opinion publique que par les spécificités de l’affaire, et a exprimé séparément ses inquiétudes concernant le court préavis donné à l’équipe de défense pour préparer l’audience.
Le tribunal a finalement suivi la recommandation du procureur, condamnant les deux hommes à quatre ans de prison, leur interdisant l’accès à Monaco pendant dix ans après leur libération et les condamnant à verser 4 000 € de dommages et intérêts à la victime, qui s’était constituée partie civile. La défense envisagerait de faire appel de la décision.