L’autorité financière monégasque a infligé une amende de 6 millions d’euros à la filiale locale d’UBS après avoir découvert des lacunes majeures dans ses contrôles anti-blanchiment et dans la surveillance des clients à haut risque.
La sanction, prononcée par l’Autorité monégasque de sécurité financière, fait suite à une enquête approfondie sur les pratiques de la banque entre 2018 et 2023. Les régulateurs ont conclu que l’institution avait omis à plusieurs reprises d’effectuer des contrôles suffisants sur les personnes politiquement exposées, les transferts transfrontaliers et l’origine des fonds des clients.
Selon les résultats, les enquêteurs ont identifié des faiblesses systémiques dans les procédures de conformité de la banque, notamment en ce qui concerne les pratiques d’intégration à distance et la surveillance des transactions impliquant des juridictions considérées comme sensibles du point de vue de la criminalité financière.
Parmi les problèmes soulignés figurait l’incapacité de la banque à expliquer ou à documenter correctement le but des transferts internationaux importants liés à des pays comme le Liban et l’Arabie saoudite. Un cas évoqué par les autorités concernait plus de 800 000 dollars transitant par plusieurs institutions en relation avec une activité immobilière vaguement définie au Moyen-Orient, sans que les pièces justificatives adéquates soient produites.
Le régulateur a également critiqué la banque pour avoir largement recours à l’intégration des clients à distance sans appliquer de procédures de vérification renforcées, en particulier pour les personnes fortunées ayant des relations politiques. Selon les normes bancaires internationales, ces clients nécessitent une surveillance accrue en raison du risque accru de corruption ou de détournement de fonds publics.
La décision décrit une culture plus large de manquements à la conformité plutôt que d’erreurs administratives isolées, les enquêteurs faisant valoir que les procédures de diligence raisonnable ont été contournées à plusieurs reprises ou insuffisamment appliquées pendant plusieurs années.
En plus de la sanction financière, le régulateur a ordonné une mesure de divulgation publique exigeant que les détails de la sanction restent accessibles au public pendant cinq ans – une mesure destinée à renforcer la responsabilité et à dissuader des comportements similaires au sein du secteur bancaire monégasque.
Cette affaire représente l’une des mesures coercitives les plus importantes prises par les autorités financières monégasques ces dernières années et reflète les efforts de la Principauté pour renforcer sa réputation de transparence et s’aligner davantage sur les normes internationales anti-blanchiment fixées par le Groupe d’Action Financière.
L’enquête a également révélé des préoccupations plus larges concernant les pratiques bancaires privées dans les juridictions s’adressant à une clientèle très fortunée, où les régulateurs attendent de plus en plus des institutions qu’elles justifient la justification économique des grands transferts internationaux et qu’elles maintiennent une documentation détaillée sur la source de leur richesse.
UBS a depuis entamé une restructuration de certaines parties de sa division Compliance, notamment en modifiant les rôles de surveillance des cadres supérieurs et en améliorant les systèmes de surveillance des transactions. Cependant, la sanction devrait exercer une pression renouvelée sur les institutions financières opérant à Monaco pour qu’elles renforcent les contrôles internes et démontrent un respect plus strict des exigences internationales de conformité.
Même si la banque conserve la possibilité de faire appel, la décision envoie un signal clair selon lequel les régulateurs monégasques sont prêts à poursuivre des mesures coercitives agressives contre les institutions qui ne respectent pas leurs obligations croissantes en matière de lutte contre la criminalité financière.