Le Monégasque de dix ans qui a le MotoGP en tête

La plupart des enfants de son âge sont encore en train de réfléchir à ce qu’ils veulent faire de leur vie. Évan Prot le sait déjà. Le jeune étudiant monégasque, inscrit à la FANB, en est à trois manches de sa première saison complète de Championnat de France en Mini OGP, la catégorie reine des courses pour les pilotes âgés de 7 à 12 ans, et occupe la troisième place du classement après une première manche solide. Son objectif pour la saison est de terminer parmi les cinq premiers. Son objectif au-delà est bien plus ambitieux.

L’initiation d’Évan à la moto s’est faite à l’âge de deux ans et demi, sur un petit vélo électrique dans le jardin familial. Ce n’était pas une phase. À l’âge de huit ans, il accompagnait son père Iwan lors d’un road trip de quatre jours et 2 500 kilomètres à travers les Dolomites avec le Monaco Moto Club, quittant à peine l’arrière de la moto pendant toute la durée. Il a mangé dessus. Il a exhorté le groupe à continuer d’avancer. Ceux qui étaient là ne l’ont pas oublié.

Après avoir bâti son expérience au travers d’une saison complète en Ligue de Provence en 2024 et d’une première participation en Championnat de France à Alès fin 2025, Évan franchit aujourd’hui le pas vers une pleine campagne nationale. Le Championnat de France Mini OGP se déroule sur six manches à travers la France, avec deux courses par week-end et un classement final publié en septembre. Les machines de 115 cm3 utilisées dans la catégorie sont construites spécifiquement pour les pilotes de cet âge et délibérément restreintes, mettant l’accent sur les capacités du pilote plutôt que sur les performances de la moto.

Derrière la course se cache une sérieuse opération logistique. La famille participe à chaque manche ensemble, Iwan ayant pris en charge lui-même l’essentiel de la préparation mécanique, appuyé par des contrôles professionnels avant les week-ends de course. Le budget saison se situe entre 30 000 et 40 000 euros. Les jours de course, la préparation d’Évan est méthodique : avant de se diriger vers la grille, il s’isole, ferme les yeux et parcourt mentalement chaque virage de la piste. Son entraîneur à la KF78 Academy, l’organisme qui lui apporte un soutien technique et mental tout au long de la saison, supervise cet aspect de sa préparation.

Pour le Moto Club de Monaco, qui compte 262 membres parmi des personnalités telles que le vétéran du Dakar David Casteu et le champion d’Europe de Supermotard Melvin Viola, Évan représente quelque chose de particulier. Parmi les dix-sept coureurs compétitifs du club, il est le seul à posséder la nationalité monégasque. Sa combinaison porte le logo du club aux côtés des couleurs de ses sponsors, et sa nationalité figure au classement officiel du championnat de France. Christophe Greco, président du Monaco Moto Club, a déclaré à Monaco-Matin que la confiance du club dans le jeune pilote va au-delà de son passeport : « Ce n’est pas seulement parce qu’il est le seul. C’est parce que nous croyons en lui. »

En 2027, Évan passera dans la catégorie 160cc, plus puissante, où il affrontera des adversaires plus âgés et plus expérimentés. Son ambition est de se qualifier pour les FIM Mini GP World Series, la compétition européenne qui rassemble les meilleurs jeunes pilotes de chaque pays, et dont la finale se déroule à Valence le week-end de la course MotoGP. Demandez-lui quel est son pilote préféré et la réponse tombe sans hésiter : Marc Marquez.

Il n’a pas encore gagné de course. Mais pour un dix ans déjà engagé sur une saison à 30 000 euros, courant sous pavillon monégasque, et répétant mentalement ses répliques avant chaque départ, le voyage est déjà bien entamé.